JOURNAL DES MARCHES ET DES OPÉRATIONS : L'ANNÉE 1916

Constitution du Bataillon des Tirailleurs du Pacifique

Le Bataillon des Tirailleurs du Pacifique a été constitué conformément à une instruction ministérielle. La date de sa formation officielle compte du jour de son embarquement à Nouméa le 4 juin 1916. Le Bataillon s'embarque ce jour-là à Nouméa à bord du vapeur Gange des Messageries Maritimes, il est constitué à deux compagnies ayant la composition suivante :

1ère Compagnie :

  • Cadre européen, 1 capitaine commandant [BOULANT]
  • 1 adjudant
  • 2 sergents majors
  • 6 sergents
  • 1 caporal-fourrier
  • 12 caporaux
  • 3 soldats
  • Indigènes : 354 tirailleurs de 2ème classe

2ème Compagnie :

  • Cadre européen, 1 lieutenant commandant [DEVAMBEZ]
  • 1 adjudant
  • 1 sergent-major
  • 5 sergents
  • 1 caporal-fourrier
  • 13 caporaux
  • 3 soldats
  • Indigènes : 289 tirailleurs de 2ème classe

La traversée

Général RAMACIOTTI
La traversée s'est effectuée dans des conditions normales avec escales à Sydney où le Bataillon a été fêté par nos alliés britanniques, une revue suivie du défilé a été passée par le général RAMACIOTTI [en photo ci-contre] commandant

les troupes de la garnison [de Sydney] lequel a exprimé toute sa satisfaction pour la tenue et l'allure du détachement.

Les autres arrêts ont été effectués :

  • à Fremantle, une journée ;
  • à Djibouti, deux jours [un tirailleur malade a été hospitalisé à Djibouti où il est resté] ;
  • à Port Saïd, une demi-journée ;

La traversée [suite]

Trois tirailleurs, les nommés :

  • 653 - ELAMOA-GOROU
  • 606 - MIZAEL
  • 683 - KORODIER

sont décédés au cours de la traversée le premier le 14 juillet, le 2ème le 28 et le 3ème le 29.

Soldat ELAMOA-GOROU
Soldat MIZAËL
Soldat KORODIER

« Morts pour la France » le 14/07/16

« Morts pour la France » le 28/07/16
« Morts pour la France » le 29/07/16

Les obsèques du soldat ELAMOA-GOROU

« En mer, le 16 juillet 1916.

Le 14 juillet a été bien triste, nous avons préparé une fête dont je t'envoie le programme. Mais hélas ce jour au lieu d'être une fête fut un jour de deuil pour les militaires embarqués à bord du GangeLe 14 au matin un tirailleur mourait. Donc notre fête était toute faite. Les obsèques ont eu lieu à 4 heures et demie. Elles ont été tristes les obsèques de ce pauvre tirailleur. A quatre heures nous étions tous en tenue correcte. Tout le monde était présent : Tahitiens, Japonais d'un côté suivant leur religion car le décédé était protestant, les tirailleurs calédoniens de l'autre. Au milieu… une planche bien graissée et inclinée reposant sur une demi-barrique. Douze hommes attendant le moment de rendre les honneurs à leur camarade. Le bateau a ralenti sa marche, les machines ont stoppé. Bientôt le corps arrive non dans une toile comme on le fait à bord, mais dans un cercueil qui a pour linceul le drapeau tricolore. Toutes les têtes se sont découvertes pour saluer les restes de ce soldat mort pour la France. Le cercueil est placé sur la planche précédemment citée. Le pasteur protestant qui est un tirailleur a fait la cérémonie d'usage. Ensuite les tirailleurs et Tahitiens protestants ont chanté un cantique qui a été interrompu par un coup de sifflet long et strident, c'était le signal de l'immersion. La planche a basculé, le cercueil a glissé et est tombé dans la mer avec un bruit sourd. Le navire a repris sa marche pendant que le cercueil disparaissait lentement dans les profondeurs de l'océan sans fond. »

Source : Le journal d'un combattant 14-18 (1ère partie) - Ferdinand GOYETCHE - Bulletin n° 31 de la SEH - 1977.

La traversée selon Boulango KATREINGO

  • Samedi 3 juin 1916 : nous nous embarquons sur le vapeur Gange pour la France
  • Jeudi 8 juin 1916 : nous arrivons à Sydney
  • Vendredi 16 juin 1916 : nous quittons Sydney
  • Mercredi 28 juin 1916 : nous arrivons à Freementle
  • Jeudi 29 juin 1916 : nous quittons Freementle
  • Lundi 24 juillet 1916 : nous arrivons à Djibouti
  • Mercredi 26 juillet 1916 : nous quittons Djibouti
  • Mardi 1er août 1916 : nous arrivons au Canal de Suez
  • Mercredi 2 août 1916 : nous arrivons à Port Saïd que nous quittons aussitôt pour Marseille
  • Vendredi 11 août 1916 : nous entrons dans Marseille...

Source : Notes traduites par Wassissi KONYI - in Mwà Véé © n° 11 - trimestriel - décembre 1995.

Arrivée à Marseille

Camp de bataille de Boulouris

Le 11 août le Bataillon arrive et débarque à Marseille avant le repas du matin. Il quitte cette place le 13 août pour le camp de Boulouris où il arrive le même jour à 15 heures. Le capitaine MONTAGNE prend le commandement du Bataillon, on procède immédiatement aux opérations de mise sur pied de guerre, lesquelles s'effectuent avec toute la célérité désirable, le Bataillon devant être prêt à être levé le 29 août. Il ne quitte Boulouris que le 5 septembre à 9 heures ½ du matin à l'effectif de :

  • 6 officiers
  • 20 sous-officiers
  • 596 tirailleurs

pour être mis à la disposition des Ports de Marseille où il arrive le même jour à 14 heures et s'installe progressivement au Parc de l'exposition.

Mutation d'Officiers

M. le Capitaine MONTAGNE, venu du 73ème Bataillon [de Tirailleurs] Sénégalais le 13 août 1916, a pris le commandement du Bataillon le dit jour.

M. le Lieutenant BOUC, venu du 22ème Colonial le 12 août prend les fonctions d'officier de détails, conformément aux dispositions de la DM n° /0068 [?] en date du 7 août 1916.

M. CASSAN, Médecin Aide-Major de 2ème classe, assure provisoirement le service médical du Bataillon du 14 août au 22 août date à laquelle il est affecté à l'hôpital n° 66 à Fréjus.

M. le Capitaine BOULACHIN quitte le commandement de la 1ère Compagnie à la date du 21 août 1916 étant affecté au 40ème Bataillon [de Tirailleurs] Sénégalais.

M. le sous-lieutenant GENTHOU, venant du Bataillon Somalis, est affecté au Bataillon comme officier adjoint au Capitaine commandant le 22 août.

M. MAZET, Médecin Major de 2ème classe, venu du 50ème Bataillon Sénégalais le 22 août est affecté au Bataillon à compter du dit jour.

[Dimanche] 10 septembre 1916

Par note de service n° 4431 en date du 10 septembre 1916, le ministre de la guerre décide que le Bataillon d'Étape des Tirailleurs Canaques prendra le nom de : Bataillon des Tirailleurs du Pacifique.

Jeudi 14 septembre 1916

Tirailleur Sénégalais

« Aujourd'hui grand combat entre les Tirailleurs du Pacifique et les Tirailleurs Sénégalais. Plus de mille combattants étaient prêts d'en venir au mains en voyant une vingtaine de pugilats devant eux. Les Sénégalais étaient armés de coupes-coupes et de matraques. Les Canaques se servaient de leurs défenses naturelles et chaque coup de poing abattait un homme. Un tirailleur reçu au bras un coup de couteau. C'est un incident regrettable mais pour moi cela aurait été plus regrettable si mes tirailleurs avaient reçu une piquette. »


Vendredi 15 septembre 1916

« Le tirailleur IGNACE qui a reçu un coup de coupe-coupe dans le gras du bras en sera quitte pour une vingtaine de jours de repos. Il a une plaie large comme trois doigts, et profonde de deux à trois centimètres. »


Mardi 27 septembre 1916

« Le capitaine MONTAGNE a demandé de changer de camp car les Tirailleurs ont une trop longue course à faire pour se rendre à leurs travaux. Nous devons aller au camp Mirabeau. »


Jeudi 5 octobre 1916

« Il y a quelques jours le capitaine MONTAGNE avait demandé à la place notre changement de camp. Nous déménageons Lundi. Nous allons rester au camp Mirabeau près de l'Estaque. »

Source : Le journal d'un combattant 14-18 (2ème partie), Ferdinand GOYETCHE - Bulletin n° 31 de la SEH - 1977.

[Mardi] 10 octobre 1916

Le Bataillon quitte son cantonnement du Prado où il était placé provisoirement et s'installe au camp Mirabeau près d'Estaque le 19 octobre 1916.

Chargement des bateaux destinés à l'Armée d'Orient

Jusqu'au 15 avril 1917 les tirailleurs sont mis à la disposition de la Commission des Ports de Marseille pour être employés au chargement des bateaux destinés à l'Armée d'Orient.

Ils rendent d'excellents services dans ce genre de travail et ils sont fort appréciés du service employeur.